“Les PME n’ont pas forcément la marge de manœuvre nécessaire pour augmenter les salaires”, dit Mr Gaudreault de la FCEI

Simon Gaudreault est l’économiste principale de la FCEI (Fédération Canadienne des Entreprises Indépendantes) depuis 2014.  Il a rejoint la FCEI en 2011 à titre d’économiste avant d’être nommé à son poste actuel.

La FCEI, qui représente les PME depuis 40 ans, possède plus de 100 000 PME membres à travers le Canada.

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Simon Gaudreault, économiste principal de la FCEI

Il a accepté de répondre à nos questions sur la revendication du salaire minimum à $15 de l’heure et la campagne 5-10-15.

Q : Quelles sont les raisons principales qui font que la FCEI s’oppose à un salaire minimum à 15 dollars de l’heure ?

A : Lorsqu’on examine de plus près cette proposition, on se rend compte qu’il s’agirait en fait d’une hausse de 40 % du salaire minimum au Québec, si on le compare au niveau actuel. Même si on l’échelonne sur deux, trois ou cinq ans, il reste qu’il s’agirait d’une hausse substantielle de la masse salariale des entreprises. Ce qu’il faut bien comprendre, c’est que lorsqu’on décrète une hausse du salaire minimum pour les entreprises, l’effet va au-delà des seuls travailleurs qui gagnent le salaire minimum ou qui gagnent entre le salaire minimum et $15 de l’heure. Je m’explique. Prenons une entreprise donnée, où une personne gagne le salaire minimum (soit $10.75 de l’heure). Cette personne obtient une augmentation à $15 de l’heure, qui correspond à une augmentation de 40 %. Il y a aussi d’autres employés dans cette entreprise, qui gagnent présentement $20 de l’heure. Ils vont voir que cette personne, qui a moins d’expérience et qui occupe des fonctions moins stratégiques, a obtenu une augmentation salariale de 40 %, ils vont aussi réclamer le même type d’augmentation. Il y aura donc une pression à l’interne pour qu’eux aussi obtiennent une hausse de 40 % de leur salaire. L’effet sur les entreprises dépasse donc le seul groupe des travailleurs au salaire minimum. Ce qui inquiète beaucoup d’entreprises, c’est le fait qu’elles vont devoir compenser, et trouver de l’argent pour augmenter leur masse salariale.

Contrairement à l’image que l’on peut avoir en général des entrepreneurs, la majorité sont des gens qui vont tout sauf rouler sur l’or. Statistiques Québec a publié en 2011, le chiffre d’affaires médian d’une PME au Québec : $425 000. Nous parlons ici du chiffre d’affaires, et pas du profit. Sur 425 000 dollars, prenez-vous une marge de profit de 5 % ou 10 %, on comprend que les chefs de PME ne sont pas des gens qui roulent sur l’or. Ils n’ont pas nécessairement de grosse marge de manœuvre.

Si demain matin, les coûts de main d’œuvre augmentent de 40 %, les PME vont sans doute devoir faire des choix difficiles. On a sondé récemment les chefs de PME qui nous ont dit qu’ils augmenteraient sans doute le prix de leurs services et produits, qu’ils embaucheraient moins de travailleurs jeunes et inexpérimentés, ils pourraient aussi couper sur la formation du personnel. On se retrouve donc dans une situation où les entreprises dépensent moins, les produits et services sont plus coûteux et où il y a moins d’emplois qui sont offerts au groupe de travailleurs qui est précisément ciblé par la mesure. Et tout ça, tout en affectant la marge de manœuvre et la rentabilité des PME qui composent l’essentiel de notre tissu économique.

On peut se poser la question : est-ce une mesure qui est vraiment judicieuse ? N’y aurait-il pas d’autres alternatives plus intelligentes pour mieux soutenir les travailleurs qui en ont besoin ?

“Si on regarde dans la littérature économique, ou chez plusieurs économistes, il est loin d’être évident que la hausse du salaire minimum soit le meilleur outil pour lutter contre la pauvreté.”

Ces économistes ou experts vont plutôt favoriser des mesures ciblées comme, par exemple, des crédits d’impôts. Lorsqu’on décortique les statistiques du nombre de personnes qui travaillent au salaire minimum, on s’aperçoit que 84 % de travailleurs au salaire minimum n’ont pas d’enfants, environ 60 % avaient entre 15 et 24 ans, et environ la moitié travaillait à temps partiel volontairement. Ce sont des chiffres publiés par Statistiques Québec en Avril 2015, dans une capsule à propos des travailleurs au salaire minimum.

Ce qu’on voit, c’est que le profil des travailleurs à bas salaires n’est pas nécessairement celui qui nous est reflété par les proposants du salaire minimum à $15.

Ce ne sont pas nécessairement en majorité des parents ou des affaires de familles monoparentales. De là, pourquoi faire une mesure qui va toucher 100 % des travailleurs alors que les gens qu’on veut vraiment aider en priorité, ce n’est qu’une petite portion qu’on peut aider avec des mesures plus ciblées ? Chez les experts, dans la littérature, on juge que, généralement, il y a des outils plus efficaces pour lutter contre la pauvreté que le salaire minimum. Certains avancent aussi l’effet que cela pourrait avoir sur le décrochage scolaire si le salaire minimum était augmenté d’une manière trop importante. Généralement, la littérature va aussi mentionner qu’il faut conserver le rapport entre le salaire minimum et le salaire moyen chez l’ensemble des travailleurs, dans une certaine fourchette qui correspondrait à environ entre 45 % et 50 %. Le salaire minimum ne devrait pas dépasser 45 à 50 % du salaire moyen pour éviter des effets néfastes sur l’équilibre économique. Présentement, on est exactement dans cette fourchette-là, au Québec. On peut aussi rappeler que le salaire minimum a cru d’environ 40 % au Québec ces 10 dernières années. La rémunération moyenne a cru de 30 % environ et l’inflation de 15 % pendant ce temps-là.

Il y a déjà un certain rattrapage qui s’opère au niveau du salaire minimum au Québec. J’aimerais aussi mentionner l’origine de cette proposition qui nous vient des Etats-Unis où la situation est très différente. La campagne d’origine vient des grandes villes américaines, comme New York et San Francisco où le coût de la vie est sensiblement plus élevé qu’à Montréal. Donc un $15 à Montréal achète beaucoup plus de choses qu’un $15 dans ces grandes villes-là. Si on devait l’ajuster ici, c’est comme si les gens aux Etats-Unis demandaient $20 ou $25 pour nous. Ce qui représente un niveau significatif pour notre économie québécoise. La situation est aussi très différente aux Etats-Unis. Notre salaire minimum a augmenté quand même sensiblement depuis 10 ans. Aux Etats Unis, on part d’un salaire minimum fédéral qui a été gelé depuis 2009. C’est significatif qu’un salaire minimum fédéral soit toujours à $7.25 de l’heure. La situation est vraiment très différente et donc, on a importé cette campagne-là sans vraiment l’ajuster pour tenir compte de notre réalité. C’est ce qui pose problème avec la proposition qui est actuellement sur la table.

Q : Entre les chiffres donnés par les syndicats lors de leur conférence de presse et ceux que vous venez de citer, par Statistiques Québec, existe une certaine différence. Comment l’expliquez-vous ?

Avec la référence que je vous aie donné, c’est plus de 450 000 travailleurs au salaire minimum.

Je pense que les syndicats arrivent à un chiffre plus élevé parce qu’ils incluent tous les travailleurs qui sont entre le salaire minimum et ceux qui gagnent jusqu’à $15. Donc, ils englobent tous les gens qui sont susceptibles d’être touchés par la proposition qu’eux mettent de l’avant. Et là, ça dépend aussi de ce que vous indiquez comme étant du faible salaire : on considère, généralement, que c’est plus ou moins 10 % autour du salaire minimum.

Statistiques Québec décortiquent les groupes des travailleurs dans ces différentes catégories mais je ne pense pas que l’on puisse dire qu’il y ait un million de travailleurs et travailleuses au salaire minimum au Québec.

Chose certaine, lorsqu’on regarde la rémunération horaire moyenne au Québec, c’est environ $24 de l’heure, selon les derniers chiffres. On a fait des sondages dans les PME, la rémunération horaire minimum est d’environ $17-18 de l’heure.

“Pour les PME, il y a définitivement un enjeu de capacité à payer. Il faut bien prendre ça en compte : cet équilibre à chercher entre ce que l’on voudrait donner idéalement aux travailleurs et ce qu’on est en mesure de se permettre.”

Je dirais que c’est l’un des points centraux du débat actuel.

Q : Les chercheurs de l’IRIS, Philippe Hurteau et Minh Nguyen, ont sorti leurs notes de recherches sur le salaire minimum à 15 dollars en 2015. Leurs conclusions différent de celles de Statistiques Québec. Comment expliquez-vous ces différences ?

Il existe différentes façons de calculer le seuil de pauvreté ou le seuil de faibles revenus, si vous préférez. Les chercheurs de l’IRIS utilisent une certaine méthode pour laquelle ils ont émis des hypothèses, par exemple, l’utilisation d’un ou deux véhicules par famille, si l’on est en situation de monoparentalité, le lieu de résidence, est-ce-qu’on est à Montréal ou en région, etc…

Il y a beaucoup d’hypothèses qui sont faites, ce qui fait que les conclusions peuvent varier d’un modèle à un autre. Chez Statistiques Québec, on va donc arriver à des résultats un peu différents de ceux de l’IRIS.

Il faut encore une fois se questionner. Est-ce-que les gens qui sont au salaire minimum sont des gens qui sont des soutiens de famille ? Est-ce-que ce sont des étudiants qui vivent chez leurs parents puis qui commencent leurs carrières par un emploi d’été ? Une fois qu’on a dit ça, si on conclut qu’une grande partie sont plutôt des étudiants, est-ce-que c’est vraiment le salaire minimum qu’on veut utiliser pour que les gens qui sont plutôt en situation monoparentale puisse atteindre un niveau de revenu qui soit plus élevé ? Est-ce-qu’on ne devrait pas plutôt utiliser, par exemple, un crédit d’impôt destiné spécifiquement à ces personnes-là ?

Une autre option serait d’augmenter l’exemption personnelle de base. Chaque contribuable est imposé en fonction de ses tranches de revenus mais il existe « l’exemption personnelle de base » : aucun contribuable n’est imposé sur les premiers $11 400 qu’il gagne. Est ce-qu’on ne pourrait pas plutôt augmenter ce seuil-là ? Le faire passer de $11 400 à, pourquoi pas, $15 000 ou $18 000, pour faire en sorte que les gens qui travaillent au salaire minimum et qui font vivre une famille payent moins d’impôts, ce pourrait être une solution.

Finalement, il existe une autre solution, qui irait dans un sens un peu différent mais qui utilise aussi la fiscalité, qui consisterait à donner des crédits d’impôt à la fois aux travailleurs et aux employeurs lorsqu’on désire faire en sorte que les employés qui sont au salaire minimum puissent se former pour développer d’avantages de compétences dans l’entreprise. C’est ce que l’on appelle faire de la promotion interne et, de fait, les aider à décrocher des emplois qui sont plus rémunérateurs. C’est une espèce d’ascenseur social, si vous voulez, qui permettrait aussi aux travailleurs de bonifier leur valeur sur le marché du travail pour décrocher des emplois plus rémunérateurs.

Présentement, est-ce qu’on incite vraiment ces démarches-là au sein des entreprises ? Ce n’est pas évident. Peut-être qu’on pourrait bonifier l’aide, justement avec des crédits d’impôts, à la fois pour le travailleur qui fait l’effort de le demander et de le vouloir et pour les employeurs qui désirent l’offrir.

Q : Quelles solutions la FCEI préconise pour le groupe des travailleurs pauvres, plus spécifiquement ?

Sur les travailleurs pauvres, je vous dirais que les solutions que je viens d’énumérer représentent quand même des options intéressantes. Puisque vous parlez spécifiquement du cas des immigrants, ça va m’amener à ouvrir sur quelque chose de plus large. Ce qu’on dit depuis plusieurs années à la FCEI, c’est : est-ce-que notre système d’immigration fait vraiment en sorte de sélectionner des candidats qui répondent aux besoins qui sont déjà clairement identifiés sur le marché du travail québécois ? Donc, y-a-t-il une bonne adéquation entre demande du marché du travail et ce qui est offert par les immigrants en matière de qualifications ?

C’est loin d’être clair avec un système qui favorise par exemple, des immigrants très qualifiés, qui parfois ont même plusieurs diplômes universitaires. Lorsqu’on sonde les PME du Québec, qui je le rappelle, sont les principaux employeurs au Québec, on voit que les besoins se situent du côté des métiers spécialisés, des métiers professionnels techniques.

Pourquoi est-ce qu’on ne réorienterait pas nos critères de sélection, et ce serait gagnant-gagnant, pour qu’un immigrant arrive avec un bagage de qualifications et d’aptitudes qui sont en forte demande sur le marché du travail ? La même chose s’applique, en fait, à notre système d’éducation : mieux aligner l’offre de formation pour qu’elle réponde aux réels besoins sur le marché du travail, ça peut vouloir dire développer des modèles de formation qui sont différents de ce que l’on fait traditionnellement. Ça fait très longtemps qu’on dit qu’on devrait valoriser d’avantage le parcours professionnel ou collégial, collégial technique. Mais qu’est-ce-qu’on peut faire plus concrètement pour que les gens soient attirés vers ces parcours ?

Il y a des choses intéressantes qui ont commencé à se faire, par exemple, qui imitent dans une certaine mesure le modèle dual allemand ou suisse où on a des formations qui incorporent des stages en entreprises, une présence en entreprise avant même d’avoir terminé son diplôme, donc un parcours très pratique, des expériences très pratiques du marché du travail. Cela pourrait nous permettre aussi de développer davantage de candidats et les aptitudes requises pour qu’ils puissent ensuite décrocher des postes intéressants. Plutôt que de terminer son secondaire générale et d’être cantonné dans des postes où c’est moins rémunérateur et où il y a moins de possibilités d’avancements. Ce serait des solutions pour venir prévenir, si vous voulez, le fait que d’avantage de gens joignent le groupe des travailleurs pauvres tout en satisfaisant aussi les besoins du marché du travail. Pour ceux qui sont déjà des travailleurs pauvres à l’heure actuelle, comme j’ai déjà mentionné tout à l’heure, l’une des solutions pourrait être de définir davantage la fiscalité et les crédits d’impôts.

Q : Pensez-vous que les travailleurs d’aujourd’hui sont plus au courant de leurs droits ?

Je vous dirais qu’on est, dans une situation, présentement au Québec qui commence à avantager drôlement les travailleurs. A une certaine époque, on avait, à cause de la démographie, de la situation économique, des employeurs qui avaient le gros bout du bâton. Si tu ne faisais pas l’affaire, c’était merci bonsoir, et il y avait peut-être dix autres candidats qui attendent à la porte de l’entreprise pour prendre ton job. C’est aussi une époque où les syndicats se sont développées, ont eu plusieurs revendications, ont obtenu certaines choses et où on a mis en place, au Québec, des normes de travail qui sont bien encadrées par la commission des normes du travail. Tout ce contexte-là est encore présent aujourd’hui, tous ces outils-là sont présents mais la situation s’est inversée, à cause de la démographie, des grands besoins des entreprises et de la moins grande disponibilité d’une main-d’œuvre qualifiée. Ça fait en sorte que maintenant, ce sont peut-être plutôt les travailleurs qui ont le gros bout du bâton et qui peuvent même se permettre de choisir entre différents employeurs.

Pour les employeurs qui sont dans cette situation-là, ils n’ont certainement pas intérêt à rendre leurs travailleurs malheureux, ou à leur offrir des conditions de travail qui seraient très en-dessous des conditions du marché du travail, ou qui ne sont pas acceptables par rapport au marché du travail, parce que le travailleur va simplement aller voir ailleurs.

“Je ne dis pas que les gens sont aujourd’hui parfaitement informés de leurs droit mais je pense que les gens sont probablement plus informés qu’auparavant.”

Lorsqu’on sonde les propriétaires de PME, je l’ai mentionné plus tôt, le salaire moyen dans une PME c’est $18 de l’heure, ce n’est pas $10.75, qui est le salaire minimum. On est au-delà de ça.  Plusieurs entreprises vont aussi offrir des avantages sociaux. On est, maintenant, dans un équilibre, j’oserais dire, où les travailleurs sont quand même en mesure d’aller chercher plusieurs choses auprès de leurs employeurs parce que les employeurs n’ont pas intérêt à les laisser partir. Ils sont tellement difficiles à recruter, ces bons travailleurs, que les employeurs ont intérêt à leur offrir la rémunération la plus avantageuse possible. Et le mot possible est important parce que, comme je l’ai déjà dit, la marge de manœuvre d’une PME n’est pas infinie. On n’est définitivement pas chez Bombardier ou chez Bell, ou peu importe la multinationale que vous avez en tête.  Dans une PME, la réalité est bien différente et la marge de manœuvre est réduite.

Q : La campagne 5-10-15 a deux autres importantes revendications. Qu’est-ce-que la FCEI a à dire sur ces deux autres points ?

Vous savez, la FCEI est une organisation démocratique donc lorsqu’on prend position sur un sujet, c’est parce que nos membres nous ont signifié en majorité qu’ils étaient pour ou contre telle mesure. Sur les deux autres revendications, je n’ai pas de position claire à vous communiquer.

Je voudrais mentionner, sur le point des congés, que chaque journée de congé supplémentaire va évidemment coûter plusieurs millions de dollars aux employeurs du Québec (principalement, les PME). Donc, ça a un impact sur notre économie. Il faut garder ce point en tête pour évaluer le coût de cette mesure-là.

Présentement, ce que je vois, c’est qu’il y a déjà 10 jours de congés prévus au Québec pour raisons personnelles ou familiales. Ce que la campagne veut, si je comprends bien, c’est que ces congés soient transformés en congés rémunérés. Nous avons calculé, en 2014, qu’un nouveau congé payé pour le Québec, aurait un coût de 357 millions de dollars pour les PME québécoises.

D’autres effets se produiraient sur l’économie, évidemment, mais c’est le coût direct pour les PME. De ce point de vue-là, on pourrait présumer que plusieurs PME verraient ça d’un œil inquiet, je pense, mais je n’ai rien d’autre à communiquer sur ce sujet.

Je ne commenterai pas sur la dernière proposition d’obtenir ses horaires 5 jours à l’avance.

Q : En hypothèse, si le salaire minimum à 15 dollars est implémenté, comment cela va-t-il se passer pour les PME ?

C’est complexe à évaluer dans le sens où il y a plusieurs variables qui entrent en ligne de compte. A quelle vitesse on le met en place ? Lorsqu’on met en place les $15 de l’heure, est-ce-qu’on le met en place en un an, deux ans, trois ans, d’avantage ? Est-ce-qu’on donne une période d’ajustement ? Va-t-on commencer à l’augmenter mais seulement d’ici un an, 18 mois ? Finalement, dans les effets, ce n’est pas clair que les effets auraient lieu sur l’économie et sur les PME, du jour ou lendemain. Les effets pourraient subvenir un peu plus tard. Les PME pourraient d’abord être tentées d’absorber le choc mais finalement, au bout de deux ou trois ans, se rendre compte qu’elles doivent faire des ajustements. Ça prend des modèles économétriques assez sophistiqués pour évaluer ces impacts-là.

Certains économistes ont estimé, et je reviens sur ce que je disais sur le ratio salaire minimum/salaire moyen, que pour chaque point de pourcentage où on excède cette fourchette-là, il se perdrait l’équivalent de 8 000 emplois au Québec. Une augmentation comme celle qui est proposée à $15 porterait le ratio à 62 %, donc on peut avoir une idée générale. Il faut se garder une marge d’erreur, bien entendu, mais on peut estimer qu’il y aurait des milliers d’emplois qui seraient, sans même dire perdus, peut-être pas créés et des heures supplémentaires non offertes. C’est la nuance qu’il faut apporter. Les effets seront sans doute plus subtils : remise de projets à plus tard, des offres d’emplois qui ne seront pas proposées ou des heures supplémentaires qui ne seront pas offertes.

Ce sont d’ailleurs des effets que l’on observe. En Grande-Bretagne, il y a un projet d’augmentation du salaire minimum de manière assez importante, et les ajustements se font par rapport aux heures supplémentaires qui ne sont plus offertes, d’autres avantages n’ont pas été distribués, etc… Les travailleurs, au final, ne se retrouvent pas dans une meilleure situation.

Marion Ghibaudo

@MarionG321

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