Campagne 5-10-15 : travailler pour des pinottes n’est pas assez.

pinottes

La campagne 5-10-15 a déposé symboliquement des sacs de « pinottes » devant le bureau du premier ministre et ceux de la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante à Montréal pour lancer dix jours d’action autour de ces chiffres « 5-10-15 ».

C’est lors de la Journée Mondiale d’action pour le travail décent que les porte-paroles de la campagne 5-10-15, Mélanie Gauvin et Virginie Larivière et les organisations associées (la CSN, le Collectif pour un Québec sans pauvreté, la CSQ, la CSD et la FDNS) ont présenté leur semaine d’action.

Mélanie Gauvin explique qu’au Québec, c’est près d’un million de travailleuses et travailleurs qui gagnent moins de 15 $ de l’heure.

« Même à temps plein, ces conditions ne permettent pas de sortir de la pauvreté, » ajoute Gauvin.

La campagne 5-10-15

La campagne 5-10-15 a trois revendications principales :

  • 5 pour avoir le droit d’obtenir son horaire de travail 5 jours à l’avance – ce que le patronat n’a pas l’obligation de faire pour le moment.

« La vie personnelle et familiale devient un casse-tête quand l’employeur ne donne pas l’horaire de travail à l’avance, » explique Larivière.

Selon Larivière, les normes minimales du travail n’imposent aucune obligation concernant l’attribution des horaires, ce qui donne une belle flexibilité aux entreprises et qui les sert bien mais est un défi pour les travailleurs et travailleuses.

  • 10 pour le droit à disposer de 10 jours de congés payés par année pour la maladie ou les responsabilités familiales.

« Dix jours de congé pour maladie ou responsabilité familiale par an. Je pense qu’on doit se demander si c’est un luxe d’avoir le droit à dix jours de congés payés par année quand c’est le temps de s’occuper d’un enfant malade ou d’un parent ou de soi-même parce qu’on est malade et que la paye est amputée à la fin de la semaine du nombre d’heures non-travaillées, » explique Gauvin.

Pour notre société, ce sont des conditions qu’on doit se donner et ce n’est pas un luxe, ajoute Gauvin.

  • 15 – la revendication la plus connue – le droit de gagner un salaire minimum de 15 $ de l’heure.

« Vivre avec moins que le salaire viable représente un défi impossible et un fardeau quotidien lourd à supporter, » explique Louise Chabot, présidente de la CSQ.

Chabot ajoute qu’avec l’explosion des coûts de logement, l’explosion du panier d’épicerie, ces personnes vivent de paye en paye, au bout de leur paye et doivent souvent s’endetter.

marche-pinottes

Le salaire minimum à 15 $ de l’heure en débat.

Le salaire minimum à 15 $ de l’heure n’est pas un nouveau concept : cette idée d’un salaire horaire minimum qui permettrait aux salariés de vivre décemment oppose ses partisans et ceux qui sont contre depuis de nombreuses années.

« 15 $ de l’heure, c’est ça que ça prend pour arrêter d’être un ou une travailleur(se) pauvre. Partout, on nous répète que le meilleur outil de lutte contre la pauvreté c’est le travail. On est dans une société qui accorde une valeur monumentale au travail, » lance Larivière.

Il faudrait que cette idée que le travail soit un outil de lutte contre la pauvreté soit vrai, ajoute Larivière.

Cependant, des syndicats de patronats et d’autres organisations ont pris position contre le salaire à 15 $ de l’heure en expliquant qu’il poserait de nouveaux problèmes aux entreprises, au patronat et aux employés.

C’est la position défendue par La Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI) depuis le début.

Dans un commentaire publié en Avril 2016 sur le site de la FCEI par Martine Hébert, le salaire à 15 $ de l’heure aurait d’importantes conséquences pour les entreprises.

« D’abord, une telle augmentation pourrait s’avérer dommageable pour l’économie et l’emploi, créant notamment une forte pression sur les coûts de main-d’œuvre dans les petites entreprises », écrit Mme Hébert.

Mais la pression sur les coûts de main-d’œuvre n’est pas la seule conséquence pour les entreprises selon Mme Hébert qui indique que, dans l’économie québécoise, les hausses de prix impacteraient les consommateurs et les petites entreprises.

Pour le second vice-président de la CSN, Jean Lacharité, cet impact est largement fantasmé : « beaucoup craignent qu’une augmentation du salaire minimum soit annulée par l’explosion des prix. »

Il faut absolument dégonfler ce mythe car le coût de la main-d’œuvre ne représente qu’une petite partie du prix, selon Lacharité.

Pour les chercheurs de l’IRIS Philippe Hurteau et Minh Nguyen, qui se sont penchés sur le sujet dès 2015, il faut d’abord parler d’adaptabilité des entreprises : « le marché du travail est capable de s’adapter à une hausse du salaire minimum ; seulement, il faut que le même règlement s’applique à toutes les entreprises pour qu’elles puissent rester concurrentielles, » explique Hurteau.

Hurteau explique aussi qu’en termes macro-économiques, les endroits où le salaire minimum a été augmenté pour correspondre au salaire minimum viable, n’ont pas subi de pertes majeures dans les emplois.

« Il faut bien se rendre compte que quand il y a eu des augmentations de salaire minimum, certaines années importantes, au Québec et dans d’autres pays, on n’a jamais vu les catastrophes appréhendées survenir. Par exemple, en Colombie-Britannique, quand il y a eu une augmentation importante du salaire minimum, on parlait de 200 000 pertes d’emplois potentielles. Finalement, il y a eu entre 3 et 4 000 pertes d’emplois qui ont été récupérées très rapidement, en 3-4 ans, » détaille Hurteau.

Ce débat du salaire minimum viable est loin d’être clos, comme l’explique Larivière, « les gens sont enthousiastes face à cette campagne-là mais bien sûr il y a beaucoup de questions par rapport à ces revendications. »

La Ministre du travail, Dominique Vien, s’est montrée ouverte à rencontrer les gens qui travaillent sur ces questions-là, selon Larivière et un rendez-vous devrait être pris dans les prochaines semaines.

Par Marion Ghibaudo

@MarionG321

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